EXPLORATION & PRODUCTION

Les hydrocarbures de schiste : carte d’identité

En quelques années, les hydrocarbures de schiste sont venus bouleverser la scène mondiale de l'énergie. Abondants et bien répartis, gaz et pétrole de schiste pourraient venir doubler les ressources mondiales d'hydrocarbures et offrir une réponse d'envergure à la croissance de la demande en énergie. 

Caractéristiques générales

Les hydrocarbures (gaz naturel et pétrole brut) se forment au sein des roches-mères, issues de la transformation de sédiments riches en matière organique au fur et à mesure de leur enfouissement dans le sol. Sous l’effet de la pression et de la température, la matière organique se décompose d’abord en pétrole puis, à une plus grande profondeur, en gaz. Le reste des sédiments se solidifie. La majeure partie des hydrocarbures ainsi formés sont progressivement expulsés de la roche-mère et migrent vers la surface. Certains sont arrêtés lors de cette remontée par des roches imperméables et s’accumulent dans des réservoirs dits “conventionnels”. Les hydrocarbures qui restent enfermés au sein de la roche-mère, particulièrement compacte et peu perméable, sont appelés “hydrocarbures de roche-mère” ou, plus communément, “hydrocarbures de schiste”. Pour les exploiter, il faut recourir à des techniques d’extraction spécifiques : le forage horizontal et la fracturation hydraulique.

Ressources mondiales

Potentiellement présents dans tous les bassins sédimentaires, c’est-à-dire à peu près par tout dans le monde, les hydrocarbures de schiste sont aujourd’hui essentiellement produits en Amérique du Nord. Néanmoins, pour des raisons d’accessibilité ou de rentabilité, tous les gisements techniquement récupérables ne sont pas exploitables. Afin de confirmer ou d’infirmer ces estimations, des campagnes d’exploration in situ sont nécessaires.

Ressources potentielles en France

La similitude géologique entre les bassins sédimentaires métropolitains et ceux du Texas ou du nord des États-Unis pourrait, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), faire de la France le pays européen aux ressources en hydrocarbures de schiste les plus importantes, avec la Pologne. Là encore, ces potentiels ne restent que conjectures tant qu’une prospection ciblée du sous-sol français n’a pu être réalisée.

Les ressources en gaz de schiste

Les ressources en gaz de schiste se situeraient probablement dans le sud-est de la France et la vallée du Rhône. Les chiffres avancés (3 900 milliards de m3 selon l’EIA, soit près 20 fois le volume de gaz naturel extrait jusqu’à présent du gisement de Lacq, et l’équivalent de 77 ans de consommation française actuelle) sont d’autant plus théoriques que le sous-sol profond de cette vaste région a été peu exploré.

Les ressources en pétrole de schiste

Depuis les années 1950, plus de 2 000 forages d’exploration- production d’hydrocarbures ont été réalisés dans le Bassin parisien. Les 10 000 km2 de cette région pourraient contenir, sous la forme de pétrole de schiste, jusqu’à 20% de la consommation française de pétrole sur quarante ans (4,7 milliards de barils selon l’EIA).

Extraire les hydrocarbures de schiste

L'extraction des hydrocarbures de schiste nécessite la mise en oeuvre de techniques spécifiques : le forage horizontal et la fracturation hydraulique. La vidéo ci-dessous illustre en images le principe des ces techniques.

 

Pour en savoir plus :

LA POSITION DE L'UFIP

Rouvrir le débat autour d'une évaluation des ressources nationales d'hydrocarbures

En 2011, la France a interdit l’usage sur le territoire de la fracturation hydraulique, la seule technique actuellement en vigueur pour connaître l’existence de possibles ressources en hydrocarbures de schiste dans le sous-sol. Il n’est donc pas possible d’affirmer que notre pays possède des ressources significatives de pétrole ou de gaz naturel. En Europe, plusieurs de nos voisins mènent actuellement des campagnes d’exploration pour connaître l’existence de possibles ressources en hydrocarbures de schiste.

L’Ufip considère qu’en nous privant, en France, de cette connaissance, nous renonçons à disposer d’un paramètre essentiel pour définir la politique énergétique de notre pays. Pourtant, rien ne devrait empêcher de mener, de façon sûre et contrôlée, et dans le respect de l’environnement, des opérations d’exploration (et, à plus long terme, de production) d’hydrocarbures de schiste en France, à supposer que les conditions suivantes soient réunies :

  • l’engagement d’industriels fiables et aux savoir-faire reconnus, et l’application par eux comme par l’administration, des réglementations qui encadrent ces activités ;
  • une information complète sur les opérations envisagées, ainsi qu’un dialogue régulier avec les autorités, les élus et la population locale ;
  • la réalisation d’un état des lieux initial et d’études sur l’ensemble des impacts environnementaux de long terme ;
  • une démarche de progrès continu tout au long des opérations, intégrant de manière dynamique les meilleures pratiques au sein de la profession, et une Recherche&Développement active ;
  • la définition d’un modèle économique de développement des hydrocarbures de schiste propre au contexte français.

Nos propositions pour rouvrir le débat autour d’une évaluation des ressources nationales d’hydrocarbures :

  • Porter cette question au sein du débat plus général sur la transition énergétique en France et le mix énergétique des décennies à venir, en tenant compte des coûts de chaque énergie, des bénéfices économiques d’un développement potentiel des ressources nationales (balance des paiements, emploi, compétitivité, effet sur le développement de filières industrielles comme la chimie), et de leur impact sur l’environnement.
  • Suivre de près les campagnes d’exploration actuellement menées en Europe, afin d’en recenser les bonnes pratiques techniques et réglementaires, les impacts ainsi que les axes d’amélioration.
  • Engager les travaux de la commission nationale de suivi et d’évaluation des risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique - et aux techniques alternatives - prévue par la loi du 13 juillet 2011 et mise en place par décret du Conseil d’État le 22 mars 2012, chargée de définir les conditions de mise en œuvre d’expérimentations à seule fin de recherche scientifique sous contrôle public.
  • Faire aboutir rapidement la refonte du code minier et par là même dégeler l’instruction en cours des demandes de permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures en France et donner à l’industrie une vision claire sur les délais et le déroulement des procédures d’octroi.

En interdisant la fracturation hydraulique, la loi a introduit un facteur de blocage qui pèse désormais sur l’ensemble des investissements de l’industrie pétrolière sur le territoire français et risque de décourager les acteurs économiques prêts à investir de manière importante.

Pour en savoir plus :

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