RAFFINAGE

Un outil de raffinage en constante évolution

52% des Français reconnaissent les efforts de l’industrie pétrolière pour protéger l’environnement en proposant des produits moins polluants(1). Le fruit d’une adaptation permanente de ses raffineries, qui œuvrent à transformer le pétrole brut en des produits toujours plus utiles et légers. La crise économique majeure que le secteur traverse actuellement en France, pourrait pourtant venir remettre en cause cette mission.

Un outil de valorisation du pétrole brut en produits utiles

La France importe du pétrole brut d’une vingtaine de pays, situés dans toutes les régions du monde (Moyen-Orient, ex‑URSS, mer du Nord, Afrique et Amérique du Sud), ce qui lui donne une marge de manœuvre dans le choix de ses sources d’approvisionnement. Chaque pétrole brut a des caractéristiques qui lui sont propres et nécessitent parfois un traitement spécifique. Le raffinage est la transformation de ce brut en produits pétroliers finis : carburants, combustibles, mais également produits de spécialités (lubrifiants ; bitumes, utilisés comme liant dans les enrobés routiers) et produits de base pour la pétrochimie (naphta). En dépit de ses propriétés chimiques multiples, sans transformation, le pétrole brut ne possède qu’une faible utilité. À travers la séparation (distillation), la conversion et le traitement de ses composants, le raffinage permet d’en extraire aussi bien des produits nécessaires aux activités de la vie courante (chauffage, transport, cuisine) que des produits dérivés utilisés dans des processus industriels (pétrochimie, revêtements routiers). Cette vaste gamme de produits illustre l’importance du raffinage dans l’économie, et en fait un élément clé de la chaîne de valeur pétrolière.

Le secteur a une importance toute particulière pour l’industrie pétrochimique, qu’il alimente en matières premières. Les nombreux produits développés par la pétrochimie française sont des biens de consommation courante utilisés en Europe. Les plastiques à fort contenu technologique qu’elle fabrique participent à notre quotidien à un futur durable. Elles contribuent par exemple à alléger les véhicules, à améliorer l’isolation des bâtiments ou encore à réduire l’épaisseur des emballages.

Un outil industriel bien réparti en France, qui contribue à l’économie et à l’emploi

La France compte aujourd’hui 8 raffineries, dont la majorité se trouve à proximité des principales zones portuaires (Marseille, Le Havre, Nantes-Saint-Nazaire). La moitié d’entre elles sont couplées à des sites pétrochimiques (dont celui de Fos-Lavera-Berre, premi&egravplateforme pétrochimique du sud de l’Europe, et celui du Havre-Port Jérôme-Rouen, premier pôle français de pétrochimie). Trois opérateurs (Total, Esso et Petroineos) représentent une capacité totale de traitement de pétrole brut d’environ 69 millions de tonnes par an. Cette capacité est globalement inférieure à la demande française actuelle (74 millions de tonnes en 2014), mais ce n'est pas vrai pour tous les produits : sur les fiouls lourds, sur les essences, la capacité de raffinage est bien supérieure à la demande.

Le raffinage contribue de façon significative à l’emploi en France : ses activités représentent environ 7 500 emplois directs, auxquels s’ajoutent environ 30 000 emplois indirects. S’y ajoutent les emplois directs générés par l’activité pétrochimique française, étroitement intégrée à celle du raffinage (accès aux produits pétroliers, échanges de flux, utilités - énergie et vapeur, synergies industrielles…).

Une adaptation permanente à l’évolution des marchés et des réglementations

Si la transformation du pétrole brut permet de produire une grande variété de produits, les raffineurs doivent en permanence adapter leur production à l’évolution de la demande. Leur tâche est complexe car le degré de liberté dans la recomposition des hydrocarbures est limité : dans une raffinerie de configuration donnée, le traitement d’un baril de pétrole brut fournira une quantité de chaque type de produit que l’on pourra ajuster plus ou moins selon les technologies utilisées. Ces dernières décennies, la fixation en Europe et en France, de normes environnementales toujours plus avancées, a imposé au raffinage français de redoubler d’efforts d’innovation pour proposer des standards de qualité de produit parmi les plus élevés au monde.

Cette adaptation permanente nécessite des investissements massifs et récurrents. Entre 2000 et 2009, l’industrie pétrolière française a investi plus de 5 milliards d’euros dans ses raffineries afin de répondre à la demande tout en en améliorant la sécurité, la performance environnementale et l’efficacité énergétique. La réduction des émissions de soufre liées au traitement ds raffineries en Europe illustre de manière significative cet effort d’investissement pour améliorer la performance environnementale.

Depuis 2009, l’industrie européenne du raffinage traverse une crise inédite et durable qui limite sa capacité d’investissement et la contraint à poursuivre une adaptation à marché forcée.

Divers facteurs expliquent cette crise :

  • La baisse de la demande en produits pétroliers en Europe et outre‑Atlantique.

L’Europe et l’Amérique du Nord connaissent une contraction de la demande en produits raffinés. En cause : l’amélioration continue de l’efficacité énergétique, le remplacement du pétrole par d’autres sources d’énergie et la diminution de l’activité industrielle en Europe. Amorcée depuis vingt ans, cette tendance a été nettement accélérée par la crise financière et économique, engendrant une surcapacité de raffinage et par voie de conséquence un baisse très forte de ses marges. Entre 2007 et 2014, la capacité de raffinage en Europe a baissé de 13 %. À l’heure actuelle, cette surcapacité est encore de 6%. En France, après la mise sous cocon de la raffinerie de Berre et la fermeture de celle de Petit-Couronne, la capacité de traitement des raffineries françaises est désormais inférieure à la demande en produits pétroliers. La contribution de la France à l’ajustement des capacités de traitement européennes a donc été particulièrement élevée puisque, de 2008 à 2014, ce sont plus de 25 Mt/an de capacité qui ont été fermées ou mises à l’arrêt. Au cours des années à venir, cette rationalisation du raffinage européen va se poursuivre et ce d’autant plus que la baisse de la demande en produits pétroliers devrait se poursuivre.

  • Le déplacement de la demande et de la production mondiales vers les pays émergents

Du fait de leur forte croissance économique, qui entraîne une hausse de la demande de produits pétroliers, les pays émergents ont initié de nombreux projets d’investissements dans des outils de production très modernes, capables de traiter tous types de bruts et de produire en très gros volumes des carburants répondant aux spécifications européennes et américaines. Ces nouvelles raffineries entrent en concurrence frontale avec celles - plus anciennes - du Vieux Continent.

  • Le déséquilibre structurel entre les marchés essences et gazole en Europe

L’Europe consomme aujourd’hui deux fois plus de gazole que d’essence. C’est notamment le résultat des avantages fiscaux dont bénéficie le gazole depuis plusieurs décennies, qui ont favorisé la diésélisation du parc européen de véhicules légers. Étant donné que l’on ne peut tirer qu’une certaine quantité de gazole d’un baril de pétrole brut, cette diésélisation a induit, malgré les efforts d’adaptation de l’industrie, un déséquilibre croissant entre la production des raffineries européennes et la demande du marché. Conséquence inévitable : l’Europe doit exporter ses excédents d’essence et importer le gazole qu’elle ne peut produire. Les investissements requis par une réduction de ce déséquilibre ne sont pas réalisables aujourd’hui par le raffinage européen, qui n’a pas la capacité de financement suffisante. Si ces investissements étaient néanmoins réalisés, en tout état de cause, les nouvelles unités ne suffiraient pas à éliminer ce déséquilibre. Cela contribuerait en outre à augmenter les émissions de CO2 de ces raffineries.

      

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  • Le poids de la réglementation plus important en Europe que dans le reste du monde

La réglementation européenne actuelle et à venir, en imposant des contraintes et des coûts élevés aux opérations de raffinage, pèse lourdement sur la compétitivité de ce secteur exposé à la concurrence internationale.

  • La concurrence des produits raffinés hors d’Europe

Les raffineurs des pays émergents profitent directement de ces déséquilibres concurrentiels. Si nombre de leurs projets sont suscités par les besoins locaux, certaines nouvelles unités en Inde et au Moyen-Orient, qui ont anticipé l’essor de leurs marchés intérieurs, n’hésitent pas à exporter en attendant vers d’autres marchés leur surplus de production. Ceci, à des prix très compétitifs malgré les coûts de transport associés : par rapport aux raffineries occidentales, ces nouveaux acteurs n’ont pas les mêmes contraintes fiscales, législatives et environnementales (sans parler des coûts salariaux). Certains investissent même dans des sites européens, essentiellement pour y acquérir des capacités de stockage et une logistique de distribution propre à écouler leurs excédents de production.

 

Mis à jour le 22-04-2015

Pour en savoir plus :

LA POSITION DE L'UFIP

Préserver la compétitivité du raffinage français

Les propositions de l'UFIP pour éviter de pénaliser davantage la compétitivité du raffinage français par rapport à ses concurrents européens et internationaux, et lui permettre de poursuivre sa mission de transformation et de valorisation du pétrole brut en produits finis.

  • harmoniser progressivement, à un rythme acceptable pour le consommateur, les fiscalités entre essences et gazole ;
  • maintenir à 20 % l’objectif européen de réduction des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2020
  • confirmer, au sein du dispositif des quotas de CO2, le raffinage comme secteur exposé à la concurrence internationale ;
  • transposer les réglementations de l’Union Européenne en droit français sans surenchère ;
  • prendre en considération le bilan coût – bénéfice avant toute création de contrainte réglementaire spécifiquement française ;
  • garder de la flexibilité dans la mise en œuvre locale des réglementations en évitant toute surenchère régionale.

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