RAFFINAGE

Un outil de raffinage en constante évolution

Un outil de valorisation du pétrole brut en produits utiles

La France importe du pétrole brut d’une vingtaine de pays, situés dans toutes les régions du monde (Moyen-Orient, ex‑URSS, mer du Nord, Afrique et Amérique du Nord), ce qui lui donne une marge de manœuvre dans le choix de ses sources d’approvisionnement. Chaque pétrole brut a des caractéristiques qui lui sont propres et nécessitent parfois un traitement spécifique. Le raffinage est la transformation de ce brut en produits pétroliers finis : carburants, combustibles, mais également produits de spécialités (lubrifiants ; bitumes, utilisés comme liant dans les enrobés routiers) et produits de base pour la pétrochimie (naphta). En dépit de ses propriétés chimiques multiples, sans transformation, le pétrole brut ne possède qu’une faible utilité. À travers la séparation (distillation), la conversion et le traitement de ses composants, le raffinage permet d’en extraire aussi bien des produits nécessaires aux activités de la vie courante (chauffage, transport, cuisine) que des produits dérivés utilisés dans des processus industriels (pétrochimie, revêtements routiers). Cette vaste gamme de produits illustre l’importance du raffinage dans l’économie, et en fait un élément clé de la chaîne de valeur pétrolière.

Le secteur a une importance toute particulière pour l’industrie pétrochimique, qu’il alimente en matières premières. Les nombreux produits développés par la pétrochimie française sont des biens de consommation courante utilisés en Europe. Les plastiques à fort contenu technologique qu’elle fabrique participent à notre quotidien et à un futur durable. Ils contribuent par exemple à alléger les véhicules, à améliorer l’isolation des bâtiments ou encore à réduire l’épaisseur des emballages.

Un outil industriel bien réparti en France, qui contribue à l’économie et à l’emploi

La France compte aujourd’hui 8 raffineries en Métropole et une aux Antilles, dont une bioraffinerie de taille mondiale (une deuxième raffinerie devrait être transformée en bioraffinerie à l’horizon de 2024). La majorité se trouve à proximité des principales zones portuaires (Marseille, Le Havre, Nantes-Saint-Nazaire). Quatre raffineries sont intégrées à des sites pétrochimiques au cœur de bassins industriels.  Trois opérateurs en métropole (Total, Esso et Petroineos) représentent une capacité totale de traitement de pétrole brut d’environ 62 millions de tonnes par an.

Le raffinage contribue de façon significative à l’emploi en France : ses activités représentent environ 7 500 emplois directs, auxquels s’ajoutent environ 30 000 emplois indirects. S’y ajoutent les emplois directs et indirects générés par l’activité pétrochimique française, étroitement intégrée à celle du raffinage (accès aux produits pétroliers, échanges de flux, utilités - énergie et vapeur, synergies industrielles…).

Une adaptation permanente à l’évolution des marchés et des réglementations

Si la transformation du pétrole brut permet de produire une grande variété de produits, les raffineurs doivent en permanence adapter leur production à l’évolution de la demande. Leur tâche est complexe car le degré de liberté dans la recomposition des hydrocarbures est limité : dans une raffinerie de configuration donnée, le traitement d’un baril de pétrole brut fournira une quantité de chaque type de produit que l’on pourra ajuster plus ou moins selon les technologies et processus utilisés. Ces dernières décennies, la fixation en Europe et en France, de normes environnementales toujours plus avancées, a imposé au raffinage français de redoubler d’efforts d’innovation pour proposer des standards de qualité de produit parmi les plus élevés au monde.

Cette adaptation permanente nécessite des investissements massifs et récurrents. Entre 2000 et 2009, l’industrie pétrolière française a investi plus de 5 milliards d’euros dans ses raffineries afin de répondre à la demande tout en en améliorant la sécurité, la performance environnementale et l’efficacité énergétique. La réduction de la teneur en soufre des carburants et la réduction des émissions de soufre liées au traitement dans les raffineries en Europe illustrent de manière significative cet effort d’investissement pour améliorer la performance environnementale.

Après 2009, l’industrie européenne du raffinage a traversé une crise inédite et durable qui a limité sa capacité d’investissement et l’a contraint à poursuivre une adaptation à marche forcée.

Divers facteurs expliquent cette situation :

  • La baisse de la demande en produits pétroliers en Europe et outre‑Atlantique.
  • L’Europe et l’Amérique du Nord connaissent une contraction de la demande en produits raffinés. En cause : l’amélioration continue de l’efficacité énergétique, le remplacement du pétrole par d’autres sources d’énergie et la diminution de l’activité industrielle en Europe. Amorcée depuis vingt ans, cette tendance a été nettement accélérée par la crise financière et économique de 2008, engendrant une surcapacité de raffinage et par voie de conséquence une baisse très forte de ses marges. Entre 2010 et 2019, la capacité de raffinage en Europe a baissé de 10 %... La contribution de la France à l’ajustement des capacités de traitement européennes a été particulièrement élevée puisque, de 2009 à 2019, ce sont plus de 35 Mt/an de capacité qui ont été fermées ou mises à l’arrêt. Au cours des années à venir, l’évolution du raffinage européen va se poursuivre avec la demande en produits pétroliers qui devrait se poursuivre, la crise sanitaire liée à la Covid-19 constituant par ailleurs un facteur d’aggravation conjoncturel. Le déplacement de la demande et de la production mondiales vers les pays émergents

Du fait de leur forte croissance économique, qui entraîne une hausse de la demande de produits pétroliers, les pays émergents ont initié de nombreux projets d’investissements dans des outils de production très modernes, capables de traiter tous types de bruts et de produire en très gros volumes des carburants répondant aux spécifications européennes et américaines. Ces nouvelles raffineries entrent en concurrence frontale avec celles - plus anciennes - du Vieux Continent.

  • Le déplacement de la demande et de la production mondiales vers les pays émergents

Du fait de leur forte croissance économique, qui entraîne une hausse de la demande de produits pétroliers, les pays émergents ont initié de nombreux projets d’investissements dans des outils de production très modernes, capables de traiter tous types de bruts et de produire en très gros volumes des carburants répondant aux spécifications européennes et américaines. Ces nouvelles raffineries entrent en concurrence frontale avec celles - plus anciennes - du Vieux Continent.

  • Le déséquilibre structurel entre les marchés essences et gazole en Europe

L’Europe consomme aujourd’hui trois fois plus de gazole que d’essence. C’est notamment le résultat de la fiscalité dont a bénéficié le gazole depuis plusieurs décennies, qui a favorisé la diésélisation du parc européen de véhicules légers. Étant donné que l’on ne peut tirer qu’une certaine quantité de gazole d’un baril de pétrole brut, cette diésélisation a induit, malgré les efforts d’adaptation de l’industrie, un déséquilibre croissant entre la production des raffineries européennes et la demande du marché. Conséquence inévitable : l’Europe doit exporter ses excédents d’essence et importer le gazole qu’elle ne peut produire.                                 

  • Le poids de la réglementation plus important en Europe que dans le reste du monde

La réglementation européenne actuelle et à venir, en imposant des exigences  et des coûts élevés aux opérations de raffinage, impacte significativement  la compétitivité de ce secteur exposé à une forte concurrence internationale

  • La concurrence des produits raffinés hors d’Europe

Les raffineurs des pays émergents profitent directement de ces déséquilibres concurrentiels. Si nombre de leurs projets sont suscités par les besoins locaux, certaines nouvelles unités en Inde et au Moyen-Orient, qui ont anticipé l’essor de leurs marchés intérieurs, exportent vers d’autres marchés leur surplus de production. Ceci, à des prix très compétitifs malgré les coûts de transport associés : par rapport aux raffineries occidentales, ces nouveaux acteurs n’ont pas toujours les mêmes contraintes fiscales, législatives et environnementales (sans parler des coûts salariaux). Certains ont investi dans des sites européens, pour y acquérir des capacités de stockage et une logistique de distribution propre à écouler leurs excédents de production.

Le raffinage opère entre deux marchés : celui du pétrole brut et celui des produits finis pétroliers. La transparence de ces marchés, associée au grand nombre d’opérateurs, rend l’activité économique du raffinage très concurrentielle.

  • Le marché du pétrole brut est un marché mondial régi principalement par la loi de l’offre et de la demande.
  • Les marchés des produits finis peuvent, eux, évoluer différemment selon la famille de produits (essences, gazole, fiouls lourds…) et/ou selon leur zone de consommation (Amérique du Nord, Asie du Sud-Est, Europe du Nord…).
  • La marge brute de raffinage est la différence entre la valeur marchande des produits raffinés et le prix d’achat du brut*. C’est avec cette marge, sensible à toute fluctuation des marchés pétroliers, que le raffineur doit couvrir l’ensemble de ses frais (masse salariale, maintenance et entretien, combustibles, électricité et catalyseurs, taxes) et de ses investissements.

Pour en savoir plus :

  • https://www.ecologie.gouv.fr/chaine-petroliere
  • https://www.fuelseurope.eu/publication/fuelseurope-statistical-report-2020
  • https://www.concawe.eu/topics/refinery-technology/
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Comment fonctionne une raffinerie ?